Samedi 28 janvier 2012
- Les
étudiants de Lille ont tout a fait raison de protester et MégaMaths
s'associe à leur demande ! Ils sont en master 2 éducation et le stage
qui correspond le mieux à leur parcours professionnel est évidemment ce
stage en responsabilité dans une classe du secondaire (en général d'une
durée assez limitée de 3 ou 4 semaines). Mais vu les difficultés
rencontrée sur le terrain pour mettre en pratique une réforme difficile
de la formation des maîtres, ils viennent d'apprendre que ce stage sera
réservé aux seuls admissibles à l'écrit du CAPES, les autres devant se
débrouiller n'importe où. Le danger pointé par ces étudiants est réel :
ils ne vont pas bénificer d'un stage en responsabilité cette année, et
en cas de réussite aux écrits du CAPES l'année prochaine, ils risquent
bien de ne pas être pris en compte pour suivre de tels stages. Qui plus
est, s'ils suivent ce stage de responsabilité dès cette année, l'année
prochaine ils pourraient dégager beaucoup plus de temps pour préparer
leurs deux oraux en cas de réussite aux écrits, et cela serait un vrai
avantage pour eux. Voici l'article :
LILLE / LILLE
Hier, les étudiants se destinant à l'enseignement manifestaient.
Une
cinquantaine d'étudiants en master 2 d'enseignement ont manifesté
devant le rectorat hier à Lille. Ils contestent une décision fermant
l'accès aux étudiants non admissible au CAPES de faire leur stage dans
l'Éducation nationale.
En rentrant de vacances de Noël, les
étudiants en master 2 enseignement ont eu la mauvaise surprise
d'apprendre qu'ils n'auraient pas tous droit à un stage dans
l'Éducation nationale. Seuls les admissibles à l'oral du CAPES (retenus
après l'épreuve écrite de novembre) auront droit à une première
expérience en milieu scolaire. Les autres ? « On nous a suggéré de nous
rapprocher des Instituts médico-éducatifs, des crèches ou
d'associations comme Action contre la faim », déplorent Pauline et
Chloé, étudiantes en master 2 enseignement de l'espagnol.
Le
rectorat, lui, affirme appliquer les textes. « Il ne faut pas confondre
le stage en responsabilité (dans l'Éducation nationale, ndlr) pour les
admissibles, et uniquement les admissibles, et le stage de validation
du master, du ressort de l'université et qui peut être fait en CFA, en
AFPA ou dans un autre organisme », détaille Marc Gosselin, directeur de
cabinet de la rectrice Marie-Jeanne Philippe. L'an passé, chaque
étudiant de master 2 avait pu faire un stage en situation, mais
seulement parce qu'à cause de la mise en place de la masterisation, ils
n'avaient pas eu droit au stage d'observation et de pratique
accompagnée durant leur master 1.
Mais les étudiants dénoncent
une disparité de traitement et mettent le doigt sur une anomalie : un
étudiant non admissible au CAPES cette année mais qui valide son master
2 et qui est admissible l'année suivante pourra-t-il effectuer un stage
en responsabilité ? Hier, M. Gosselin n'a pu nous l'assurer. S'il ne le
peut pas, ce nouvel enseignant pourrait se lancer devant une classe
sans autre expérience qu'un stage d'observation et de pratique
accompagnée. Pour l'Unef, il s'agit « de casser le métier d'enseignant
». Hier, devant le rectorat, le syndicat étudiant demandait à être
reçu. « Ils le seront quand la demande d'audience sera réclamée de
manière légitime, par courrier », indique Marc Gosselin.
J.G.
Samedi 28 janvier 2012, d'une mégamathienne
- (...)
Par rapport aux leçons, et j'ai relu le rapport du jury, il semble
qu'on demande depuis l'année dernière aux étudiants d'être plus en
adéquation avec la pratique professionnelle : je me demande si du coup
vos leçons ne sont pas un peu compliquées ? Avez vous inciter vos
étudiants à produire des lecçons qu'il pourrait directement exposer en
classe (terminale voire BTS ou même moins ) ? (...)
djm -
Pour les oraux, oui : il est maintenant possible de se caler plus
spécialement sur les leçons du secondaire et de BTS pendant son exposé,
de sorte que les savoirs autres risquent de n’intervenir que pendant
l’entretien ou suivant les réponses du candidat. Ce n’est pas encore
bien clair, mais je pense que le candidat peut dans un premier temps se
borner à voir ce que l’on fait dans le secondaire et en BTS, l'oral
étant devenu plus "professionnel". J’imagine quand même que le jury
demandera des précisions “plus élaborées” à certains détours de
l’entretien. (...)
Jeudi 26 janvier 2012, de F.B., comment passer ce C2i2e ?
- Bonsoir, je reviens vers vous
ce soir pour vous faire part d'un léger désarroi. Je m'étais informée
récemment que l'IUFM de Lorraine, ma région, organisait pour les
étudiants en candidat libre une certification mais réservée aux
candidats admissibles des concours. Ainsi, ayant attendu les résultats
je m'en vais aujourd'hui prendre les dispositions nécessaires : les
inscriptions sont fermées cette année ! Malheureusement je n'ai
pas trois enfants mais deux, ce qui fait sans doute que je m'en sors moins bien avec
les TICE, bien que comme contractuelle de l'éducation nationale avec 5
classes et 4 niveaux dont 3 en lycée, j'utilise très souvent ces
nouveaux médias.
Est-ce que cela veut dire que le concours me passe sous le nez ?
Pour l'anglais je vais faire valoir mes crédits ECTS obtenus les années précédentes à la faculté.
J'ai
envoyé une requête au médiateur de l'académie. Pensez vous que d'autres
candidats sont dans ma situation ? Vont ils nous permettre en cas de
réussite de l'oral de passer cette certification pendant l'année de
stage comme c'était le cas quelques années auparavant ?djm - Zut et zut. Encore des problèmes avec cette p... de certification. Ils sont devenu fous ! Sur ce site vous trouverez des informations officielles sur ce C2i2e, et sur cette page vous
trouverez la liste des universités habilitées à faire passer la
certification C2i2e. C’est maigre, toujours très flou car cela suppose
que ces universités arrivent à organiser ces certifications dans les
temps, mais il y a au moins des responsables à contacter par mél et qui
peuvent en savoir plus.
Je suis allé sur la page officielle où
on apprend effectivement qu’il n’existe pas de dispense de
certification C2i2e pour les enseignants non titulaires, ce qui n’est
pas joli joli.
Enfin, renseignez-vous auprès de votre rectorat et
de l’université pour savoir où passer cette certification. Vous avez
bien fait d’écrire au médiateur de l’académie. Vous me direz si vous
arrivez à trouver un endroit où passer cet examen. Dans tous les cas,
il vaut sans doute mieux se présenter quand même aux oraux en espérant
que l’administration acceptera de laisser une année au lauréat pour
passer cette certification si indispensable pour quelqu’un qui utilise
déjà les nouveaux médias dans le cadre de ses enseignements ! Misère...
Bon courage dans ce parcours à obstacles (...)
DES MEGAMATHIENS
SAURONT PEUT-ETRE REPONDRE A CES QUESTIONS : où passer le C2i2e en
Lorrraine ? Où s'adresser en priorité si on veut savoir où passer le
C2i2e ?
Jeudi 26 janvier 2012, de Rodrigue A.
- (...) Je
viens de lire le post de Philippe A. Sur son admissibilité au 3ème
concours, il peut regarder "les yeux fermés" le dossier que je vous
avais envoyé et que vous avez mis en ligne sur la page d'oral 2 : il y a déjà de quoi faire. Sinon il existe des rapports de jurys du CAPES externe sur l'oral 2.
Mercredi 25 janvier 2012
- Je place quelques pages au sujet des rapports de projections
d'un couple de droite, ou d'un couple de demi-droites, permettant
d'arriver à la notion d'angle géométrique, ou à celle d'angle orienté.
L'introduction du cosinus comme un rapport de certains côtés d'un
triangle rectangle participe de la même logique. Bon appétit !
Mercredi 25 janvier 2012, de Philippe A.
- (...) Je
vous écris aujourd’hui car il m’arrive une chose étonnante, je suis
admissible au 3ème Concours du CAPES. J’en suis très étonné car je
pensais ne pas être allé assez loin dans le problème, et surtout cela
faisait un an que je n’avais pas touché un livre de Maths. Enfin, je ne
sais pas comment préparer les oraux, ou plutôt l’oral, car je crois
qu’il n’y a plus que l’oral 2 pour le 3ème Concours. Pouvez-vous me
conseiller car je me sens un peu perdu sur ce type d’oral, j’ai plus
l’habitude des oraux des grandes écoles (j’ai fait sup/spé Bio, et
l’Agro paris ensuite) ? (...)
djm - (...)
C’est bien d’obtenir une admissibilité, mais je ne sais pas du tout ce
qu’on demande au 3ème concours. Et je ne sais que ce qu’il y a marqué
dans les textes pour l’oral 2 du CAPES. Je suis donc de bien peu de
secours. Je pose donc votre question sur l’éditorial de MM pour savoir si un mégamathien possède des renseignements à ce sujet (qu'il pourra me communiquer et que je marquerai dans ces lignes).
Essayez
de trouver des renseignements et au minimum travaillez des dossiers
tels qu’on les propose en oral 2 du CAPES externe, en travaillant aussi
l’oral du type “Agir en fonctionnaire...”.
Et bravo pour votre admissibilité !
Mercredi 25 janvier 2012
- J'ai reçu une promotion de lulu qui offre le port (en métropole je
présume) jusqu'au 31 janvier 2012. Je pense qu'elle est adressée à tout
le monde, donc je recopie la pub ci dessous.
Dimanche 22 janvier 2012
- Mathieu nous signale le site Dmaths.org
où l'on trouve une extension pour open office qui permet
d'écrire facilement des formules de maths (angles, vecteurs,
fractions...). Merci pour l'info !
Jeudi 19 janvier 2012
- Mise à jour de la page classée en "thèmes" sur les épreuves pratiques de mathématiques sur ordinateurs. Rajout de documents. Mais aussi :
Jeudi 12 janvier 2012
- Je viens de rédiger ces :
et
vous les propose illico presto ! Ce sont les conseils que je donnerai
cette année pour travailler les leçons d'oral 1 du CAPES. Bonne lecture
et bonne mise en oeuvre :)))
Mercredi 11 janvier 2012
- Diantre, je n'ai pas eu le temps de venir vous retrouver sur ces
lignes depuis le 30 décembre, occupé que j'étais pas la rédaction de
mon prochain livre Délires et tendances dans l'enseignement des mathématiques.
Je m'aperçois qu'écrire en français prend aussi du temps! Cela avance
bien, mais ne peut être achevé d'un coup de baguette magique
: beaucoup de temps est encore nécessaire, mais je suis gonflé à
bloc. Comme vous tous qui préparez assidûment votre master ou votre
concours, ou les deux à la fois.
Enfin, j'ai tout de même arrêté de
rajouter des chapitres il y a deux jours ! Maintenant "il ne me reste
plus" qu'à compléter les passages laissés au brouillon, et relire
le tout plusieurs fois pour corriger et améliorer. Une fois qu'il sera
publié, ce sera trop tard.
Je vous propose un texte qui sera dans ce
livre et que je viens de finir de travailler aujourd'hui. Je dois
encore le relire dans quelques jours et l'améliorer, donc soyez
indulgent, ou mieux : si vous trouvez à redire, dites-le moi par mél ce
qui me donnera un retour sur ce que j'écris et ne pourra me faire que
du bien :))))) On trouvera ce texte juste en dessous du
paragraphe suivant.
Avant de continuer mon boulot, je voudrais aussi partager avec vous le texte du premier TD de cette année, que je peaufine pour pouvoir en juin le recopier dans le livre qui sera la suite de AGA1. Il s'agit d'un TD
sur l'anneau Z/nZ, où l'on trouvera une première partie à posséder
complètement pour l'écrit et l'oral, et une second partie appelée
"Approfondissement personnels", destinée au travail supplémentaire que
l'on peut abattre pour se préparer au concours du CAPES ou de
l'agrégation.
J'y ai placé trois problèmes complets, dont le célèbre problème
d'arithmétique du CAPES 2003 sur Z/nZ, fort à propos, et le proposerai
dans AGA2 avec ma solution détaillée. Oui, AGA2 sera traité dans le
même esprit que le premier volume AGA1. Voici l'extrait promis :
Burn-out
Un
article du Monde du 20 octobre 2011 (Battaglia, et al.) dévoile quelques
chiffres d’une étude de Georges Fotinos, ancien inspecteur général, et
José-Mario Horenstein, médecin psychiatre à la MGEN (Mutuelle Générale de
l’Eduction Nationale) réalisée sur 2100 personnels de 400 lycées et collèges (Fotinos, et al., 2011).
On
apprend que 17% des professeurs interrogés sont victimes de burn-out, autrement
dit sont dans un état d’épuisement « physique, mental et
émotionnel », avec des effets comme une productivité diminuée, une
résistance plus forte à la nouveauté, une certaine irritabilité et bien entendu
un sentiment de culpabilité de ne pas pouvoir être à la hauteur. Cela provoque un
repli sur soi et de plus grandes difficultés à communiquer avec ses collègues.
Ce
burn-out, qui touche « seulement » 11% des salariés des autres
professions, semble montrer l’existence d’un malaise spécifique parmi les
enseignants. Cette même étude dévoile que ce sont les professeurs de moins de
30 ans qui sont les plus exposés à la dépression, et que pas moins de 30% des
enseignants interrogés songent sérieusement à quitter leur métier.
Pourquoi
stresser autant ? Pourquoi ce problème n’est-il pas pris en charge par la
médecine du travail ? Il existe une obligation à ce que chaque agent de la
fonction publique passe une visite médicale tous les cinq ans, mais dans la
pratique, je connais peu de collègues enseignants qui ont bénéficié de ces
visites, et moi-même, je n’ai eu droit qu’à une seule visite de la médecine du
travail en 24 ans de services, saperlipopette !
Cela
s’explique par les effectifs minimalistes de la médecine du travail dans l’éducation
nationale. Dans l’article du Monde cité ci-dessus, on apprend qu’il
existe seulement entre un et cinq médecins du travail par rectorat. Dans un
autre article du Monde imprimé un peu plus bas sur la même page (Collas, 2011), on apprend que,
selon le SNES, on compte seulement un médecin pour 17 000 personnels de
l’éducation, et que ceux-ci se concentrent évidemment avant tout sur les cas
les plus pathologiques.
Une
victime du burn-out se sent dépassée par l’indiscipline constante des élèves,
les va-et-vient permanents pendant les cours, les bavardages répétés, les cris
dans les couloirs, les réponses insolentes, le bruit continuel. Elle a mauvaise conscience en constatant son
incapacité à atteindre ses objectifs professionnels :
« Je
ne peux pas faire mon métier, je n’arrive plus à transmettre des
connaissances »
Elle
pense sérieusement à changer de métier. Le médecin du travail qui la reçoit
explique :
« Cette
situation est un reflet d’un décalage entre l’idée qu’on se fait du métier
quand on a un cursus scolaire sans faute, et la réalité que l’on découvre face
à une classe. »
Et de
continuer :
« La
souffrance des personnels est souvent liée à une perte d’identité
professionnelle. On ne se rend pas compte à quel point des réformes touchant au
métier d’enseignant, aux disciplines, aux pro-grammes ou aux filières, peuvent
déstabiliser. »
Cela
n’est donc pas près de s’arranger compte tenu de l’extrême précarité de tous
les choix concernant l’éducation où rien ne dure et où tout est remis en
question la minute qui suit son adoption : méthodes prônées,
programmes imposés, filières supprimées, horaires modifiés, avec tout de même
des constantes qui traversent le temps : l’amour du travail bien fait, le
dévouement aux élèves, l’envie de partager, le désir d’expliquer et de faire
comprendre, mais aussi la culpabilisation de ne pas pouvoir atteindre ses
objectifs quelles qu’en soient les raison, que ces raisons soient personnelles
(congé de maladie, difficulté dans sa vie personnelle,…) ou étrangères à soi
(programmes délirants, organisation irréaliste, horaires insuffisants, classes
surchargées, …). Dans la plupart des cas, la culpabilité ressentie est
difficile à supporter.
Que
faire ? L’enseignant dépressif devra consulter chez un psychiatre, obtiendra
des congés de maladie ou un aménagement de son temps de service, ce qui
permettra peut-être de rendre les choses supportables. Il existe aussi des postes adaptés réservés dans chaque
académie et proposés à titre transitoire à des personnes qui n’arrivent plus à
enseigner dans les conditions habituelles. Si les choses empirent, il ne reste
plus qu’à envisager une reconversion professionnelle, un poste de
documentaliste, ou un poste au CNED (centre nationale d’enseignement à
distance) pour continuer à enseigner, mais par correspon-dance.
Il
s’agit de trouver des solutions pour éviter le pire. La situation atteint son
paroxysme le 14 octobre 2011 quand une enseignante de 44 ans au lycée Jean
Moulin à Béziers s’immole par le feu dans la cour de son établissement en
criant : « Je fais ça pour vous ! ». Brulée à 100%, elle
décède quelques jours plus tard.
Un cas
extrême, mais qui devrait nous interpeller parce qu’il cache derrière lui tous
les malaises ressentis par de nombreux professeurs dans l’exercice de leur
fonction. La société récolte ce qu’elle sème.
Une
enseignante de mathématiques d’un collège de Normandie explique clairement les
raisons de ce malaise programmé :
« Qu’un
enseignant s’immole dans une cour de lycée à l’heure de la récréation n’est que
l’aboutis-sement logique d’une politique qui nous met sous pression permanente. »
(MM, 2011)
On
prévoit la suppression de 14 000 postes en 2012 alors qu’en dix ans, de
2003 à 2012, on compte 91870 postes supprimés dans l’éducation nationale.
Pourtant :
« Face
à une classe de trente-cinq à quarante élèves, il est impossible de faire son
travail correctement. » (MM, 2011)
Et de
rappeler ce que tout enseignant sait dans sa chair :
« On
veut nous obliger à augmenter nos heures de cours (18 heures par semaine
aujourd’hui, ndlr), alors qu’avec les cours à préparer et les copies à
corriger, nous sommes déjà à 40 heures par semaine facile ! » (MM, 2011)
Des
classes surchargées, et beaucoup d’élèves qui ne veulent pas étudier mais sont
là parce qu’on les y a mis. Comme dit le secrétaire national du SNES :
« Dans
les années 1980, seulement 30 % d’une classe d’âge accédait au
baccalauréat. Aujourd’hui, ils sont plus du double. Or le niveau n’a pas
augmenté, c’est l’exigence qui a baissé. On se trouve confronté à des élèves
plus difficiles qui, autrefois, auraient été écartés du système, vers des CAP
ou des apprentissages. » (MM, 2011)
On
dispose donc de toute une panoplie de raisons qui expliquent les nombreux
burn-out parmi les enseignants. Elles sont simples à comprendre, mais il
n’existe pas de volonté d’agir en conséquence. Le problème en question semble
secondaire, et l’on préfère laisser les enseignants se dépêtrer seuls, comme
ils le peuvent, devant ces difficultés sur lesquelles ils n’ont pas de prise.
Une
collègue de lettres a fait circuler une lettre admirable, sincère, vraie, qui
explique cette détresse de la profession. On pourra retrouver cette lettre sur
internet pendant un certain temps, par exemple en (MCF, 2011), et aussi des réponses
à cette lettre qui rassemblent un certain nombre de « tartes à la crème
pédagogistes » (voir par exemple (EV, 2011)) nous rappelant
l’importance de la relation enseignant-enseigné (qui en doute ?) et
demandant en particulier l’instauration d’un test de personnalité dans les
concours de recrutement (en voilà une bonne idée encore : après l’anglais
et les CLES2, les nouvelles technologies de l’information avec l’examen de
C2i2e, et la nouvelle épreuve éliminatoire Réagir en fonctionnaire
responsable…, imposées dans tous les CAPES quelle que soit la spécialité,
on trouverait encore le temps de rajouter quelques certifications
supplémentaires pour juger de l’état psychologique du candidat, selon les
critères « à la mode » , bien évidemment ! A quand
l’obligation de confession pour
rémission de ses pêchés ? Ou mieux encore, l’obligation de suivre une
psychanalyse de trois ans avant de pouvoir passer le concours ?)
Je
terminerai ce chapitre en proposant de longs extraits de cette lettre que j’ai trouvés
particulièrement fort à propos :
« Vous, chers élèves, dont je ne cherche pas à
me faire aimer avant toute chose, car je veux rester sourde à la
cote d’amour censée mesurer ma valeur au sein de la « communauté éducative ».
Vous ne serez jamais, pour moi, « les gamins » dont il est question
dans les salles des « profs », car je ne serai jamais ni votre mère,
ni votre copine. Mais savez-vous encore la différence entre un professeur, une
mère et une copine ?
Oui, je continuerai à réclamer le silence en début
de cours et à vous laisser debout tant qu’il ne sera pas de
qualité. Ce n’est pas là volonté militariste de vous humilier, mais condition
nécessaire à mon enseignement : délimitation d’un espace, la classe, où l’on
doit entendre la parole d’autrui : celle des grands auteurs dont les textes que
nous lisons font entendre la voix, respect de la mienne, simple passeuse de
savoir, chargée de structurer votre… parole, afin que vous puissiez, à votre
tour, vous faire entendre et être pris au sérieux, respect de la voix de vos
camarades qui s’exercent à formuler leur pensée. Mais veut-on encore vous
apprendre à penser ? (…)
Non, je ne ferai pas de stage pour apprendre à
gérer les conflits et mon propre stress, comme si des ficelles
psychotechniques pouvaient se substituer à la loi qui doit être appliquée, à
l’ordre que l’institution doit avant tout garantir, afin de nous protéger vous
et moi contre tout acte de violence verbale ou physique, condition sine qua non
pour commencer à pouvoir travailler. Non, le « prof » n’est pas un
outil qu’on doit rendre plus performant pour vous mater, vous manipuler ou vous
séduire.
Non, je ne négocierai pas mes notes, malgré les
pressions : celles de l’administration qui sait si bien faire porter la
responsabilité d’une moyenne de classe trop basse au professeur, toujours trop
exigeant et trop sévère ; celle de nos inspecteurs qui nous « invitent à l’indulgence »
dans les commissions d’harmonisation du Brevet et du Bac et nous enjoignent de
revenir sur les copies aux notes trop basses ; celles de vos parents qui, dans
leur grande majorité, s’alarment à la première de vos faiblesses et me font
savoir que « l’année dernière, ça marchait pourtant si bien avec M. Machin »
(lequel n’hésitait pas, pour avoir la paix, à sur noter de la manière la plus
démagogique qui soit) ; et celles que vous-mêmes savez si bien exercer sur les « adultes »
d’aujourd’hui, plus prompts à laisser faire, à négocier des contrats, qu’à
faire respecter des règles, sans faiblir – sachant qu’ils n’en tireront jamais
aucune gratification immédiate – et qui semblent devenus incapables de
supporter cette frustration inhérente à leur fonction d’enseignant et
maintenant d’éducateur. (…)
Les valeurs humanistes qui vous ont structurés sont chaque
jour un peu plus bafouées au sommet de l’Etat. Il s’agit maintenant d’évaluer
des compétences à travers des grilles d’évaluation fabriquées par et pour
l’entreprise, au niveau européen, compétences dites souvent transversales qui
n’ont plus rien à voir avec l’acquisition de savoirs exigeants dans des
disciplines bien précises. Le livret de compétences doit garantir « l’employa-bilité
future » de ceux qui sortiront du système sans diplôme national reconnu et
sans qualifications. (…)
Vous qui vieillissez, vous qui vous fatiguez plus
vite, vous
qui êtes maintenant une loque en fin de journée, lasse du bruit et des tensions
incessantes, à qui le système demande désormais de rendre compte chaque jour,
sur un cahier de textes numérique, de ce que vous avez fait en classe, heure
par heure ; vous que Big Brother place ainsi sous le contrôle permanent de vos supérieurs
et des parents d’élèves ; vous qui pourrez dorénavant recevoir chaque soir,
chez vous, des mails d’élèves, ou de leurs parents, jugeant normal de vous
interpeller par écrit et attendant bien sûr de vous la réponse rapide qui leur
est due.
Vous qu’on flique honteusement comme
on ne le fait pour aucune profession. Vous à qui la société entière peut ainsi
demander des comptes à tout moment ; vous qu’on livre à toutes les pressions
aisément imaginables et qu’on place dans la situation de devoir vous justifier,
de vous défendre sans cesse, car vous êtes devenu le fonctionnaire,
bouc-émissaire par excellence, livré régulièrement en pâture à l’opinion publique.
Vous qui ne comprenez pas l’engouement aveugle,
incompréhensible de vos jeunes collègues pour l’informatique, le numérique,
censés séduire « nos nouveaux publics » et stimuler leur envie
d’apprendre, alors qu’ils se lassent du gadget pédagogique comme ils se lassent
si vite de tout dans un monde consumériste où le seul principe qui vaille est
le « tout, tout de suite », dans un tourbillon de désirs sans cesse
renouvelés et toujours insatisfaits. »